Pourquoi être optimiste ?
Ça doit être l’époque, ou juste ma tournure d’esprit, mais ces derniers temps j’ai souvent pensé à la question de l’optimisme. Est-ce une façon de se raconter de jolies histoires pour ne pas voir la réalité, ou bien quelque chose d’utile ?
Le problème de l’optimisme
On peut très raisonnablement être optimiste au sujet d’un projet ou d’un événement particulier, comme quelqu’un qui est confiant dans les chances de son club de foot favori parce qu’il suit de près le championnat et qu’il connaît bien le prochain adversaire.
Il paraît beaucoup plus discutable d’être optimiste par principe ; de s’attendre quelque soit le sujet, par a priori, à une issue favorable, pour ses affaires personnelles comme pour la marche du monde. Je n’essaierai pas de vous prouver que certains projets se plantent, que prendre des risques peut mal se terminer, et que le triomphe de la démocratie et de la paix dans le monde n’a rien de garanti. Nous avons tous des exemples en tête. C’est vrai aussi des échecs et événements malheureux, ils ne constituent pas une règle absolue : en cela l’optimisme et le pessimisme « de principe » sont aussi erronés l’un que l’autre, ce sont juste deux opinions préconçues qui se regardent dans un miroir.
Certains diront qu’au moins, le pessimisme nous donne la satisfaction d’avoir été prudent, de ne pas s’être fait avoir (satisfaction un peu perverse, on en reparle plus loin), tandis qu’un excès d’optimisme ignore délibérément les risques et les conséquences d’un échec. C’est pourquoi il passe souvent pour une forme de stupidité, une bulle qui éclate au premier choc avec la réalité.
Pensée positive ou tournée vers l’action ?
Sans aller jusque là, j’ai longtemps considéré que l’optimisme de principe ne servait pas à grand chose, à part à nous mettre – temporairement – de bonne humeur, et qu’il y avait des théories plus intéressantes sur ce que l’on appelle la pensée positive. Ces réflexions partent du constat que nos pensées et nos paroles pèsent lourd sur nous et nos proches : elles affectent directement notre humeur et notre énergie, parfois notre santé, et la manière dont nous envisageons notre avenir. Il est donc préférable de cultiver les pensées qui nous aident à vivre heureux et à mener à bien nos projets.
Evidemment, tout ça est plus facile à dire qu’à faire, et c’est quand on en a le plus besoin qu’on y arrive le moins. Il existe aussi beaucoup de contre-exemples d’une pratique trop schématique de cette pensée positive, surtout quand on la résume à l’injonction de « ne pas penser à des choses négatives », ou à nier les problèmes. Les mêmes critiques s’appliquent que pour l’optimisme de principe.
Mais j’ai trouvé aussi beaucoup de principes simples et utiles, qui ont en commun d’être orientés vers l’action. Par exemple, apprendre les leçons de ses erreurs mais ne pas remâcher des regrets, réfléchir aux manières de surmonter des obstacles concrets plutôt qu’aux raisons générales pour lesquelles on n’y arriverait pas, se construire des habitudes bénéfiques, ou se concentrer sur l’action que l’on contrôle, plutôt que sur un résultat forcément aléatoire. Cette grille d’analyse aide à reconnaitre les moments où l’on s’enlise, où l’on s’épuise soi-même.
Pour celui qui se lance dans une entreprise de longue haleine, comme écrire un livre, le dernier avis est précieux : dans un projet marathon, viser chaque jour le résultat final risque de décourager, tandis que le décomposer en rituels quotidiens permet de soutenir le rythme, et même d’y trouver une satisfaction qui renouvelle nos forces, notre motivation.
Le retour de l’optimisme
Et dans le même esprit, ne faut-il pas prendre l’optimisme de principe comme une attitude avantageuse pour nos projets, plutôt qu’une prédiction de l’avenir ? Elle pousse à tenter sa chance (et on connaît les statistiques : 100% des gagnants…), et elle donne le courage d’insister après les premiers revers, voire les suivants. La persévérance fait souvent la différence entre la réussite et l’échec.
Parfois aussi, l’état d’esprit suffit pour créer les conditions du succès. Par exemple, aborder chaque rencontre comme une situation favorable, chaque personne comme un ami potentiel, est souvent auto-réalisateur, car cela produit plus d’interactions agréables ou constructives.
Le grand mérite de l’attitude optimiste vient de son encouragement à entreprendre. En fin de compte, même si l’on n’arrive pas aussi loin qu’on l’avait souhaité, on aura quand même appris et créé une différence dans nos vies. L’optimisme, s’il est accompagné par la conscience que les obstacles font partie du chemin, est un formidable moteur qui ne nous laisse pas tomber au premier contretemps.
Utiliser le négatif
Alors, est-ce que la pensée dite « négative » est inutile et doit être bannie, honnie ? Bien sûr que non, mais un peu de tri s’impose.
Bien sûr, il est important d’évaluer rationnellement ses chances et les risques. Avant de fonder une entreprise, bien comprendre ce qui peut faire dérailler le projet, et comment on s’en sortira en cas de faillite. Avant de se lancer dans un ultra-marathon, s’assurer que l’on est en bonne condition cardio-vasculaire.
Il y a aussi un vrai mérite à envisager l’échec dans ses conséquences les plus concrètes. Au lieu d’une crainte non-dite, d’un nuage sombre qui plane au-dessus de nous, on identifie la situation qui en résulterait, les dégâts ou coûts potentiels, éventuellement ce que l’on peut faire pour s’en protéger. Souvent on se rend compte que c’est surmontable, que la vie continue… si on s’est un peu préparé. Ça peut être libérateur.
Quant aux émotions dites « négatives », elles font partie de notre équilibre psychologique. C’est normal d’être triste lors d’un deuil, de se mettre en colère quand on a été victime d’une injustice. Ces émotions sont une manière pour notre cerveau de gérer la situation… et de passer progressivement à autre chose. Les nier ne fait qu’aggraver les difficultés et retarder la transition.
La pensée négative la plus dangereuse est celle qui nous contrôle : par exemple la pulsion anxiogène qui fait ruminer sans fin les échecs ou les défauts, qui sape la confiance en soi et la motivation. Ou encore la peur du regard des autres, le besoin de ne jamais avoir tort qui pousse à l’inaction, au risque de confondre intelligence et cynisme passif. Le monde est déjà plein de commentateurs de la vie des autres qui évitent soigneusement de s’exposer à la critique. (Cf remarque sur le pessimisme)
Au contraire, agir, c’est accepter la possibilité de l’échec, de l’erreur. Et la plupart des choses importantes de nos vies comportent des risques : celui de passer de moins bonnes vacances que prévu, d’échouer à un examen, d’aider une personne qui ne le méritait pas, d’essuyer un refus… Une fois qu’on les a évalués et que l’on a pris sa décision, les mauvaises expériences sont le prix de toutes les fois où nous pourrons avancer. Il nous revient juste de décider si nous acceptons de payer ce prix.
Y croire, ou pas
Il existe des situations où l’on va au-delà de l’optimisme, ou bien on le pousse encore plus loin. Quand nos actions ont peu de chances de peser, qu’on se demande « à quoi bon ? »
Mais quelque chose nous démange malgré tout, parce que l’on ne peut pas laisser passer l’occasion sans réagir, que l’on préfère avoir essayé plutôt que d’avoir baissé les bras ; que ce soit pour apporter sa pierre à une œuvre bien plus grande que soi, ou pour agir selon ses valeurs.
Ce peut être pour des choses triviales, comme laisser place nette dans un lieu public, ou aussi simples que d’aller voter même si l’on est juste une personne parmi des millions. Ou encore des choix courageux, à l’exemple d’une amie qui se démène pour aider des enfants que la vie a mis en difficulté, même si ce ne sont que quelques cas parmi des milliers d’autres ; en espérant faire au moins une différence pour ces quelques individus, et aussi donner envie à d’autres gens de faire de même.
On le fait parce qu’on en ressent la nécessité, et aussi parce que les conséquences de nos actions nous définissent. Suis-je quelqu’un qui laisse derrière lui un sillage de détritus et de colère, à la manière d’un sordide escargot, ou un peu plus de lumière dans les yeux de ceux qui m’ont rencontré ?
Quelle empreinte voulez-vous laisser dans le monde ?
La devise de Charles le Téméraire (ou de Guillaume d’Orange selon d’autres sources) peut nous encourager dans cette voie, à sa manière rude :
Il n'est pas besoin d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer.
Cette sorte d’optimisme consiste à croire, non pas que « tout va bien se passer », ni que nos actes auront nécessairement l’effet escompté ; mais tout simplement, que cela vaudra la peine d’essayer.
Un vœu
Pour 2026, je vous souhaite de garder l’énergie d’entreprendre et la conviction que vos actions peuvent changer quelque chose à la dureté et à la laideur du monde, que cela en vaut la peine même si cela semble bien peu.
Photo par Ravi Sharma (Unsplash)
