La colline des vents se trouvait à l'extérieur des murs de Visonti. On disait qu'elle avait accueilli le palais des premiers rois du pays, à une époque où même Akhila était encore peuplé par des tribus ignorant l'écriture. Des colonnes élancées et frontons majestueux, construits entièrement d'un marbre blanc aveuglant sous le soleil, où déambulaient les patriciens drapés dans les toges écrues et bleues de l'ancien temps.

Cassia décida de partir tôt le matin ; le Nordique prit des précautions exagérées, peut-être avait-il d'autres raisons de rester discret. Que savait-elle de lui, en réalité ?

Elle le guida dans les rues encore fraiches, alors que le ciel commençait à peine à s'éclaircir ; elle allait capuche rabattue sur sa tête, comme une dame rentrant de chez son amant. Sigurth portait un lourd manteau qui dissimulait son glaive et surtout, entre deux tuniques, une bonne épaisseur de métal.

L'inconnu avait l'œil injecté de sang, il sentait la sueur et le vin. Cassia entra, soudain consciente d'être venue seule chez un homme armé et violent.

C'était une de ces cellules réduites au strict minimum comme on en louait des douzaines à Visonti.

 — Jusqu’ici je fermais les yeux sur tes écarts, mais là... Qu’est-ce qu’il t’a pris de casser les dents de ce garde ? Je te paye pour m’escorter, pas pour jouer les encaisseurs de créances. 

— Il a fait un geste suspect, j'ai préféré prendre les devants pour vous protéger. 

— En pleine présentation de famille ? Il voulait se moucher, et tu l'as passé à tabac devant ma nièce de neuf ans !

Cassia courait après sa revanche.

Elle filait dans la nuit, ses pieds nus ne faisaient presque pas de bruit sur les pavés des rues de Visonti. Devant elle, à quelques pâtés de maison, la silhouette claire d'Astolfo se déplaçait furtivement.