J’ai fait la connaissance de Jean-Paul il y a environ 25 ans, à mon premier boulot dans les services financiers. Consultant venu pour une mission, il s’est trouvé bien chez notre employeur et y est resté plus longtemps.
C’était un collègue plein d’enthousiasme, au style direct et parfois maladroit. Il est devenu un ami avec qui je discutais science-fiction à déjeuner, puis un chef apprécié pendant quelques années.
Il disait ce qu’il pensait, faisait de son mieux, aidait ceux qui le lui demandaient. D’un caractère passionné, il embrassait des causes, acceptait la discussion avec tout le monde, écoutait avec intérêt tous les points de vue, et tempêtait contre la stupidité des systèmes aveugles. Il n’était pas parfait mais toujours sincère, et toujours partant pour essayer une idée nouvelle.
Un vendredi soir de janvier en revenant du travail, Jean-Paul a fait un malaise dans les transports. L’expression évoque contrariétés, retards et bousculades ; elle résonne différemment quand c’est un ami qui meurt.
Nous avons dit adieu à Jean-Paul à la cathédrale de Versailles, où il avait ses habitudes. Elle était comble, c’était mérité. Il n’imaginait peut-être pas rassembler autant de monde pour ses obsèques ; ni le chagrin sincère que j’y ai vu.
D’une certaine façon, cette affluence nous donnait une mesure de sa vie, ou de son oeuvre : simplement le nombre de gens qui tenaient à lui, qu’il avait touchés, pour qui il avait changé quelque chose.
Il donnait beaucoup, et parfois il devait sentir la fatigue, le découragement d’entreprendre et de ne pas toujours en voir les fruits, l’amertume peut-être de n’être pas écouté ou soutenu. J’aurais aimé qu’il puisse apprécier, avant de partir, l’attachement qu’il avait suscité.
Et pour tous ceux qui vivent en donnant beaucoup aux autres, j’espère que même dans les moments sombres ils gardent conscience ce qu’ils leur apportent, juste parce qu’ils leur accordent généreusement leur temps et leur considération.