Niché dans une cuvette apparue en pleine rue, le vortex ressemblait à la bouche d"un nouveau né, en moins mignon et plus pincé, avec le pourtour gonflé et comme barbouillé. Tout autour du motif spiralé inscrit dans le sol, la terre avait une apparence visqueuse, comme si elle avait trop mangé de compote et s'apprêtait à la recracher d'un air contrarié. 

Il faisait nuit noire, mais une rumeur bruissait toujours au Faubourg de Devant. Un mélange de voix lointaines qui bourdonnaient, de fracas de planches qui tombent, de cris et d'aboiements qui éclataient alors qu'il commençait à s'endormir, malgré la blessure à l’épaule droite qui l'empêchait de se retourner.

Les jours passèrent, puis une semaine, puis deux, et le jour arriva enfin où Yegar devait affronter Ervang de Deralt. Comme d'habitude, il se leva aux aurores, et s'exerça dans la petite cour sordide d'où on voyait le château. Des curieux commencèrent à s'accumuler à la grille, attirés par l'annonce du duel qui avait couru dans les rues de la ville. Yegar les ignora et continua de s’entraîner, jusqu'au moment où des gamins lui lancèrent des fruits gâtés à travers les barreaux.

Le bâtiment où Vrenk gardait ses gladiateurs consistait en trois ailes de dortoirs et salles d'exercices, entourant une cour. Le quatrième côté, fermé par une grille, donnait sur une route qui longeait le cours du Skell. Sur l'autre rive se trouvaient la ville hauteur  le château de Deralt, perchés sur une petite élévation qu'enserrait une boucle du fleuve, lovée comme un serpent autour d'un trésor.

Un jour grisâtre tombait dans la cellule par la fenêtre à barreaux. Au-dehors, le soleil ne s'était pas encore levé, mais on entendait déjà les bruits de l’activité humaine qui reprenait : un chariot qui roule sur les pavés de la rue, des portes et des volets qui s’ouvrent en grinçant, un chien qui aboie, et la voix éraillée d'un muletier qui l’engueule.

Yegar enregistrait machinalement ces détails, mais ses yeux ne quittaient pas le plant de figuier impérial qu'il élaguait. 

Celui-là sera facile, pensa Yegar.

Son adversaire, sans doute un ancien soldat, avait un bon bras mais aucune habitude du duel. On l'avait équipé d'une hache qu'il maniait passablement ; le casque rond et le plastron de cuir, sur sa silhouette de paysan, semblaient vaguement ridicules. Ses coups s'annonçaient par toutes sortes d'indices qu'il n'avait pas appris à camoufler. Sa tactique consistait à accabler son adversaire sous la cadence de ses coups de hache, portés à des angles qui changeaient sans cesse. Après quelques échanges, Yegar n'avait plus aucun mal à anticiper ses attaques et à éventer ses feintes. Il répliqua de quelques contres rapides, qui ricochèrent contre le plastron mais obligèrent le rustaud à calmer le jeu.

La Mythologie Viking

C’est une bouteille en verre blanc, banale et anonyme. Une trace d’étiquette arrachée, un goulot piqueté de traces de calcaire, et au culot une couche opaque, sombre, probablement biologique. Vous ne l’auriez pas remarquée, si ce n’était le papier roulé en tube qui repose à l’intérieur, incliné dans une posture d’attente. Le marchand des puces de Saint-Potrez-de-la-Mer, notant votre intérêt, vous fait l’article : une authentique bouteille à la mer de datant des premières années de la marine à vapeur, retrouvée sur la plage non loin de la paillote du glacier, vendue à prix d’ami. Après une hésitation, vous succombez à l’envie de faire le geste que l’histoire attend de vous, et repartez moins riche de 6,85 euros, une bouteille dans votre cabas.